Le fait que les animaux communiquent entre eux est une évidence pour nous. Mais les plantes possèdent elles aussi un système d'alerte sophistiqué : elles émettent des odeurs pour signaler un danger aux autres membres de leur espèce. Une étude internationale menée par l'Université de Neuchâtel et l'Université normale de Hangzhou, et publiée en janvier 2026 dans la prestigieuse revue PNAS , démontre pour la première fois comment les plants de tomates utilisent cette capacité pour se défendre contre les virus. Cette découverte pourrait révolutionner l'agriculture.
La menace : de minuscules insectes aux effets dévastateurs
La menace provient d'un insecte discret : la mouche blanche ( Bemisia tabaci ). Ce minuscule insecte, long de quelques millimètres seulement, est l'un des ravageurs agricoles les plus dangereux au monde. Non seulement il se nourrit de la sève des plantes, mais il transmet également des bégomovirus, dont le virus de la jaunisse enroulée des feuilles de la tomate (TYLCV), qui peut anéantir des récoltes entières de tomates.
Les chiffres sont alarmants : rien qu’en 2023, les virus de la mouche blanche ont causé des pertes économiques de près de 100 milliards de yuans (environ 13 milliards de francs suisses) en Chine. À l’échelle mondiale, ces ravageurs menacent de nombreuses cultures, notamment les tomates, le coton et le manioc.
L'étroite symbiose entre l'insecte et le virus est particulièrement insidieuse : les virus se multiplient non seulement dans la plante, mais aussi dans le corps de l'aleurode. Les insectes infectés deviennent des vecteurs plus efficaces et infestent davantage de plantes – un mécanisme perfide qui accélère considérablement la propagation de la maladie.
La découverte : un parfum comme signal d'alarme
Des chercheurs, dirigés par le célèbre écologue végétal Ted Turlings de l'Université de Neuchâtel et le scientifique chinois Zhang Pengjun, ont fait une découverte remarquable. Ils ont constaté que les plants de tomates infestés par des aleurodes porteurs d'un virus dégagent un parfum très spécifique : le bêta-caryophyllène . Ce composé volatil est une molécule d'hydrocarbure sesquiterpénique présente dans de nombreuses plantes.
Important : Le signal d’alarme est déclenché beaucoup plus tôt et avec plus d’intensité si les insectes attaquants sont porteurs de virus. La plante fait ainsi la distinction entre les ennemis « inoffensifs » et « dangereux » et réagit en conséquence.
Le message est bien reçu : ce que font les usines voisines
Les plantes voisines perçoivent cette odeur par leurs feuilles et réagissent immédiatement. Elles entrent alors dans un état d'alerte accrue, que les experts appellent « amorçage ». Cela signifie : ils ne produisent pas encore de substances de défense coûteuses, mais sont désormais prêts à réagir instantanément en cas d'attaque réelle.
Les résultats de la recherche révèlent deux mécanismes de protection spécifiques. :
1. Activation des défenses antivirales
Les plantes ainsi prévenues activent leur système immunitaire contre les virus. Si une mouche blanche porteuse du virus s'en nourrit ultérieurement, elles peuvent inhiber la réplication virale dans leurs tissus de manière beaucoup plus efficace. Elles sont alors résistantes à la maladie.
2. Attirer des aides
De plus, les plantes alertées commencent à libérer d'autres composés aromatiques, notamment du salicylate de méthyle et du bêta-myrcène. Ces substances agissent comme un signal de détresse : elles attirent de minuscules guêpes parasites ( Encarsia formosa ), ennemies naturelles de l'aleurode. Ces insectes bénéfiques pondent leurs œufs à l'intérieur des larves du ravageur, les tuant ainsi. La plante fait en quelque sorte appel à ses propres « gardes du corps ».
Le double avantage : comment la plante brise l'alliance virus-insecte
Ce qui est particulièrement fascinant, c'est l'effet stratégique de ce système d'alerte. En alertant leurs voisines, les plants de tomates rompent l'alliance dangereuse entre virus et insecte. :
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Les plantes voisines deviennent résistantes aux virus – le virus ne peut plus se multiplier.
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Dans le même temps, elles deviennent moins confortables pour la mouche blanche (en raison des guêpes parasites attirées).
Les chercheurs ont pu confirmer cet effet expérimentalement. Ils ont utilisé à la fois du bêta-caryophyllène de synthèse et des lignées de tomates génétiquement modifiées produisant davantage de ce composé aromatique. Dans les deux cas, les plantes traitées ont présenté une résistance nettement améliorée aux virus et une meilleure protection contre les insectes. .
Toutes les variétés de tomates ne peuvent pas vous avertir.
Un résultat clé de l'étude : toutes les variétés de tomates ne possèdent pas cette capacité. Les chercheurs ont testé différentes variétés de tomates cultivées et sauvages et ont constaté des différences significatives dans la production de bêta-caryophyllène. .
Cette découverte est d'une grande importance pour l'agriculture. Elle ouvre la voie à la sélection ou à la culture de variétés de tomates particulièrement « communicatives », capables d'avertir efficacement leurs voisines.
Perspectives pour l'agriculture
Cette étude, à laquelle ont également participé des chercheurs de l'Université normale de Hangzhou et de l'Université normale de Chongqing, a reçu un financement de la Fondation nationale des sciences naturelles de Chine et de la province du Zhejiang. C'est un excellent exemple de coopération internationale réussie.
Les applications pratiques sont évidentes :
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Amélioration variétale : Sélection de variétés de tomates à forte production de bêta-caryophyllène
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Protection des plantes : Utilisation de diffuseurs de parfums synthétiques dans les champs pour activer les défenses des plantes.
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Culture intégrée : Association avec des insectes bénéfiques (guêpes parasitoïdes) pour la protection naturelle des plantes
Ted Turlings, l'un des principaux auteurs de l'étude, souligne : « Notre découverte révèle un niveau de communication végétale jusqu'alors inconnu. Les plantes hiérarchisent leurs défenses de manière stratégique : elles se protègent d'abord contre les virus qui représentent la plus grande menace à long terme. » .
Conclusion
La découverte que les plants de tomates peuvent alerter leurs voisins des virus par leur odeur et même attirer des insectes bénéfiques constitue une avancée majeure dans la recherche végétale. Elle démontre la complexité et la sophistication des stratégies de survie de la nature. Parallèlement, elle ouvre des perspectives entièrement nouvelles pour une protection végétale durable, sans pesticides chimiques – un avantage considérable pour l'environnement et l'agriculture.
Cette étude confirme que les plantes ne sont pas des organismes passifs, mais qu'elles communiquent activement et s'entraident. Ce qui ressemble à une scène de film fantastique est pourtant une réalité scientifique : les tomates d'un champ s'avertissent mutuellement du danger.
Sources officielles :
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Zhang P et al. : Le β-caryophyllène aéroporté perturbe le mutualisme virus-vecteur en amorçant les défenses de la tomate (PNAS, janvier 2026)
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Université normale de Hangzhou : Communiqué de presse concernant l’étude publiée dans PNAS (janvier 2026)
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Actualités bleues : Les tomates avertissent les plantes voisines de la présence de virus grâce à leur odeur (Keystone-SDA, janvier 2026)