Une herbe méditerranéenne de cuisine capable de rivaliser avec un traitement capillaire établi – voilà l'affirmation qui circule sur internet depuis quelques années. La réponse courte d'emblée : les données sont prometteuses, mais incomplètes – une preuve d'efficacité du romarin sur la pousse des cheveux fait encore défaut. Ce que montrent réellement les études à ce jour, et comment préparer soi-même un extrait de romarin pour le cuir chevelu : tout est expliqué ici.
Pourquoi associe-t-on le romarin à la pousse des cheveux ?
Le romarin (nom botanique Salvia rosmarinus, anciennement Rosmarinus officinalis) appartient à la famille des lamiacées et est originaire de tout le pourtour méditerranéen. Utilisée en cuisine depuis des siècles, cette plante a également été employée traditionnellement, sous forme d'infusion des feuilles, comme soin du cuir chevelu et lotion tonifiante pour les cheveux. Cet usage traditionnel bien établi est le point de départ d'un champ de recherche à part entière qui s'est développé ces dernières années : des scientifiques cherchent à savoir si, et par quel mécanisme, des extraits de romarin pourraient réellement agir sur la pousse des cheveux – notamment via les composés acide carnosique, acide rosmarinique et acide 12-méthoxycarnosique.
Une remarque botanique : le nom Rosmarinus officinalis est aujourd'hui considéré comme taxonomiquement dépassé ; les bases de données actuelles classent la plante sous le nom de Salvia rosmarinus, la rapprochant ainsi davantage de la sauge qu'on ne le pensait auparavant. Ce changement de nom ne modifie rien à son usage : les études anciennes comme récentes se réfèrent à la même plante.
Que montre l'étude animale sur un mécanisme d'action possible ?
Un travail préclinique souvent cité est celui de Murata et ses collègues (2013, Phytotherapy Research). Dans cette étude animale menée sur des souris, un extrait de feuilles de romarin appliqué localement a amélioré la repousse des poils chez des animaux dont la croissance avait été artificiellement interrompue par la testostérone. Chez des souris rasées en complément, l'extrait a également favorisé la repousse. En laboratoire, l'extrait a montré un effet inhibiteur sur l'enzyme 5-alpha-réductase – l'enzyme qui convertit la testostérone en dihydrotestostérone (DHT), en partie responsable de la calvitie héréditaire. L'acide 12-méthoxycarnosique a été identifié comme le composé actif isolé. Point important pour la mise en contexte : il s'agit d'une étude animale avec application externe d'un extrait concentré. Les résultats obtenus sur la peau de souris ne peuvent pas être directement transposés au cuir chevelu humain, mais ils fournissent une explication mécanistique plausible expliquant pourquoi le romarin a fait l'objet de recherches chez l'humain. Cela ne constitue pas en soi une preuve d'effet chez l'humain – celle-ci doit venir des études humaines décrites ci-après.
Que montre la plus grande étude comparative chez l'humain ?
L'étude humaine la plus fréquemment citée est un essai comparatif randomisé mené par Panahi et ses collègues (2015, revue Skinmed). 100 personnes présentant une alopécie androgénétique (chute de cheveux héréditaire) ont été traitées pendant six mois, soit avec de l'huile de romarin, soit avec une solution de minoxidil à 2 % – 50 personnes par groupe. Après trois mois, aucun des deux groupes ne présentait de changement significatif de la densité capillaire. Après six mois, le nombre de cheveux avait augmenté de façon significative dans les deux groupes par rapport au départ, sans différence statistiquement significative entre les groupes. Un aspect lié à la sécurité a retenu l'attention : les démangeaisons du cuir chevelu sont apparues plus fréquemment dans les deux groupes qu'au début de l'étude, mais elles étaient significativement plus marquées dans le groupe minoxidil, aux deux moments d'évaluation, que dans le groupe romarin. Pour la mise en contexte, il est important de noter que cette étude comparait l'huile de romarin directement à un médicament de référence efficace, mais qu'elle ne comportait pas de groupe témoin non traité ni de groupe placebo. On peut donc dire que, dans cette étude, l'huile de romarin a obtenu des résultats comparables à ceux d'un minoxidil faiblement dosé – mais pas que l'un ou l'autre traitement est plus efficace qu'une absence de traitement. Le résultat est prometteur, mais sans comparaison à un placebo, il ne constitue pas une preuve d'efficacité au sens strict.
Que montrent les études plus récentes sur les mélanges d'huile de romarin ?
Un article de synthèse d'Al-Obaidi et ses collègues (2024, revue Cureus) résume l'état actuel de la recherche sur les alternatives végétales dans l'alopécie androgénétique et attribue à l'huile de romarin plusieurs mécanismes d'action possibles : propriétés antioxydantes, antimicrobiennes et anti-inflammatoires, ainsi qu'une possible amélioration de la circulation du cuir chevelu qui rappelle par certains aspects le mécanisme du minoxidil. Il s'agit d'un article de synthèse narrative, et non d'une étude originale.
En 2025 est parue une étude en double aveugle, contrôlée contre placebo, à trois bras (également dans Cureus, 90 participants, 90 jours), qui comparait un mélange d'huile de romarin et de lavande ainsi qu'un mélange d'huile de romarin et de ricin à une huile de coco témoin. À l'aide de la phototrichographie – une méthode de mesure objective –, les deux groupes romarin ont montré une augmentation nettement plus forte du taux de croissance capillaire par rapport à la valeur de départ (57,7 % et 47,6 % respectivement) que le groupe huile de coco (21,1 %), chaque résultat étant statistiquement significatif. Deux réserves sont ici importantes par souci de transparence sur les preuves : premièrement, il s'agissait de mélanges d'huiles à plusieurs composants actifs, et non d'huile de romarin isolée – la contribution du romarin seul ne peut pas être isolée de cette étude. Deuxièmement, la formulation testée était un produit commercial spécifique, ce qu'il convient de prendre en compte pour évaluer d'éventuels conflits d'intérêts. Il s'agit, sur le plan méthodologique, de l'étude la plus solide parmi les quatre présentées ici – mais la preuve d'efficacité de l'huile de romarin isolée reste, elle, à établir.
| Étude | Type d'étude | Protocole | Résultat clé |
|---|---|---|---|
| Murata et al., 2013 | Étude animale (préclinique) | Souris, application topique | Inhibition de la 5-alpha-réductase comme mécanisme possible |
| Panahi et al., 2015 | Essai randomisé (humain) | n=100, 6 mois, huile de romarin vs minoxidil 2 % | Augmentation comparable, moins de démangeaisons que le minoxidil |
| Al-Obaidi et al., 2024 | Synthèse narrative | Revue de littérature | Résumé des mécanismes d'action possibles |
| Patel et al., 2025 | Essai randomisé (humain), contrôlé contre placebo | n=90, 90 jours, 3 groupes (mélanges d'huiles vs huile de coco) | Taux de croissance supérieur au placebo ; formulation à plusieurs composants, spécifique à un produit |
Comment préparer soi-même un extrait de romarin pour le cuir chevelu ?
Pour celles et ceux qui souhaitent essayer l'approche traditionnelle à la maison, il existe essentiellement deux méthodes simples. Précision importante au préalable : une préparation maison n'a été testée dans aucune des études mentionnées ci-dessus et ne correspond ni en concentration ni en standardisation à l'huile de romarin utilisée dans ces études – elle relève de l'usage traditionnel, et non d'un protocole cliniquement validé. Qu'elle produise un effet comparable n'est donc pas prouvé.
Variante 1 – Macération dans l'huile : placer des brins de romarin frais ou séchés dans un bocal propre et hermétique, puis les recouvrir entièrement d'une huile végétale neutre (par ex. huile de jojoba ou d'olive). Laisser macérer 2 à 3 semaines dans un endroit sombre, à température ambiante, en agitant de temps en temps. Filtrer ensuite à travers un tamis fin ou une gaze, puis verser dans un flacon teinté. Pour une version plus rapide, faire chauffer doucement l'huile et le romarin au bain-marie pendant 1 à 2 heures (sans faire bouillir), puis filtrer de la même manière.
Variante 2 – Eau de romarin (infusion) : verser environ un demi-litre d'eau bouillante sur 2 à 3 cuillères à soupe de romarin frais ou séché, couvrir et laisser infuser 15 à 20 minutes, filtrer, puis laisser refroidir complètement. Ce liquide convient bien comme rinçage final après le shampoing.
Pour l'utilisation de l'huile macérée, appliquer une petite quantité sur le cuir chevelu et masser doucement pendant quelques minutes ; l'huile peut ensuite poser 30 à 60 minutes ou toute la nuit, selon la préférence, avant d'être rincée. L'eau de romarin s'utilise généralement non diluée, en dernier rinçage, sans nécessiter de rinçage ultérieur. Les deux variantes peuvent être utilisées 2 à 3 fois par semaine.
Concernant la conservation : une huile macérée conservée dans un flacon teinté bien fermé et au frais se garde généralement plusieurs mois ; si l'odeur, la couleur ou la texture changent, il convient de la jeter. L'eau de romarin ne contient ni alcool ni conservateur et se conserve donc nettement moins longtemps – elle doit être gardée au réfrigérateur et utilisée en quelques jours. Ces deux préparations sont destinées à un usage privé et personnel ; les produits cosmétiques fabriqués et vendus commercialement sont soumis en Suisse à des exigences légales distinctes, qui dépassent le cadre d'une préparation maison.
À quoi faut-il faire attention lors de l'utilisation ?
Un test de tolérance cutanée est recommandé avant la première utilisation : appliquer une petite quantité sur la face interne de l'avant-bras et attendre 24 heures. Les composants d'huile essentielle de romarin, en particulier les chémotypes de romarin contenant du camphre, doivent toujours être dilués et ne jamais être appliqués purs sur la peau ; tout contact avec les yeux et les muqueuses doit être évité. L'utilisation est déconseillée chez les enfants de moins de 6 ans, pendant la grossesse et l'allaitement, ainsi qu'en cas d'épilepsie connue, car les préparations contenant du camphre peuvent avoir des effets indésirables sur le système nerveux ou la musculature utérine dans ces situations. La prudence est de mise en cas d'hypertension, le romarin étant associé, selon certaines sources, à un effet stimulant sur la circulation. En cas de chute de cheveux persistante, soudaine ou fortement marquée, l'auto-application ne remplace pas un avis médical sur la cause sous-jacente.
Conclusion : prometteur, mais incomplet
Quiconque cherche une réponse simple à la question de savoir si le romarin favorise réellement la pousse des cheveux doit composer avec un « oui et non » : les données sont prometteuses, mais incomplètes. Prometteuses, parce qu'une étude animale fournit un mécanisme d'action plausible, qu'une étude randomisée chez l'humain montre sur six mois un effet comparable à un minoxidil faiblement dosé avec une meilleure tolérance, et qu'une étude plus récente contrôlée contre placebo soutient un effet positif des mélanges d'huile de romarin. Incomplètes, car aucun de ces travaux, pris isolément, ne constitue une preuve d'efficacité au sens strict : l'étude de Panahi ne comporte pas de groupe placebo, l'étude de Patel, pourtant contrôlée contre placebo, a testé une formulation à plusieurs composants spécifique à un produit plutôt que de l'huile de romarin isolée, et aucune étude n'existe pour la préparation maison traditionnelle – macération dans l'huile ou eau de romarin. Pour transformer le « prometteur » en « prouvé », il faudrait une étude plus large, contrôlée contre placebo, sur l'huile de romarin isolée, des données sur une utilisation à long terme au-delà de six à douze mois, ainsi qu'une clarification plus précise du mécanisme d'action chez l'humain. D'ici là, une préparation maison reste une manière douce et économique de s'approcher de l'usage traditionnel – ce n'est pas un traitement capillaire prouvé, et encore moins un substitut à un traitement évalué médicalement en cas de chute de cheveux marquée.
Cet article a pour but d'informer de manière générale sur l'état actuel de la recherche et ne remplace pas un avis médical ou pharmaceutique individuel. En cas de chute de cheveux persistante, soudaine ou fortement marquée, ainsi qu'en cas de pathologies préexistantes, de grossesse ou d'allaitement, nous recommandons de consulter un médecin, un pharmacien ou un autre professionnel de santé avant toute utilisation.
Sources
- Murata K, Noguchi K, Kondo M, et al. (2013) : Promotion of hair growth by Rosmarinus officinalis leaf extract. Phytotherapy Research, 27(2), 212–217. PubMed (PMID 22517595)
- Panahi Y, Taghizadeh M, Tahmasbpour Marzony E, Sahebkar A. (2015) : Rosemary oil vs minoxidil 2% for the treatment of androgenetic alopecia: a randomized comparative trial. Skinmed, 13(1), 15–21. PubMed (PMID 25842469)
- Al-Obaidi et al. (2024) : An overview of commonly used natural alternatives for the treatment of androgenetic alopecia, with special emphasis on rosemary oil. Cureus, 16(11). PMC11549889
- Patel MN, Tuli N, Patel NK, Merja AM. (2025) : Étude en double aveugle, contrôlée contre placebo, sur des mélanges d'huile de romarin-lavande et romarin-ricin pour la pousse des cheveux et la santé du cuir chevelu. Cureus, 17(6), e85906. PubMed (PMID 40656290)